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Sartre s’est-il toujours trompé ?

Ecrit par Michel Winock Professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris

mercredi 2 mai 2007, par Michel Winock


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Un peu en marge par rapport à Merleau-Ponty, cet article permet néanmoins de resituer dans un contexte élargi la divergence de position des deux hommes. Il permet également d’interroger deux conceptions distincts de la notion de responsabilité et d’engagement.


Voir en ligne : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IM...

Le bilan paraît accablant. On l’a accusé d’avoir été passif sous l’Occupation, compromis avec le totalitarisme, démagogique avec la jeunesse gauchiste. Il sut pourtant, quelquefois, faire preuve de lucidité et de courage. Voici son itinéraire politique. « Je n’ai jamais voulu faire de politique et n’ai jamais voté. » Jean-Paul Sartre écrit ces mots le 3 octobre 1939. Il vient d’être enrôlé dans le service auxiliaire de la météorologie et va passer presque tout le temps de la « drôle de guerre » en Alsace. Disposant de longues heures de loisir, il se met à rédiger un journal, qui, incomplet (on n’a pas tout retrouvé), a été publié, de manière posthume, sous le titre : Carnets de la drôle de guerre1 , où il se livre à une auto-analyse minutieuse. À la lumière de ce texte on discerne ce que fut jusque-là Sartre en politique. Son abstentionnisme déclaré repose sur la forte conviction qu’il doit construire sa vie en toute liberté : « J’étais pénétré par un idéal de vie de grand homme que j’empruntais au romantisme. » Devenir un « grand écrivain » a été senti par lui comme une nécessité depuis son enfance. Les années ont passé, il est devenu normalien, a été « cacique » à l’agrégation de philosophie, est devenu professeur au lycée du Havre, sans que l’espérance d’une gloire littéraire l’ait quitté. À côté de son entreprise philosophique, il se fait connaître par un roman, La Nausée, en 1938, par un recueil de nouvelles, Le Mur, en 1939, et des articles dans la Nouvelle Revue française (NRF). Quand la guerre éclate, pas encore « grand écrivain », il n’est pas davantage reconnu comme grand philosophe, mais, à trente-quatre ans, il a commencé à se faire un nom. Son article fracassant, « M. François Mauriac et la liberté », en février 1939, avait une « violence » qui avait affecté le romancier visé comme la leçon sévère d’un jeune maître plein d’avenir. Cette idée d’une « grande vie », Sartre en fait l’aveu : « En somme elle ressemblait à une carrière… » (2 décembre 1939). Il manque alors de conviction politique et prend la notion de progrès pour une « faribole ». Individualiste, anarchisant, antimilitariste, et par-dessus tout antibourgeois, il doit cependant déjà répondre à l’attrait du parti communiste, auquel son ami Paul Nizan a adhéré. Il s’en tire par une pirouette : « Je n’acceptais en somme de ne pas être communiste que si je pouvais être plus à gauche que le communisme. » La question ne se pose pas réellement, et le pacte germanosoviétique le dédouane complètement. En 1936, il sympathise, certes, avec le Front populaire, mais se contente d’en regarder les manifestations depuis le trottoir. Sur la capitulation de Munich, il avoue son incertitude : « J’ai été pris entre munichois et antimunichois et je dois avouer ici que je n’ai jamais eu le courage intellectuel d’être ni l’un ni l’autre. Les munichois me dégoûtaient parce qu’ils étaient tous bourgeois et lâches, craignant pour leurs peaux, leurs capitaux ou leur capitalisme. Mais les antimunichois me paraissaient effrayants parce qu’ils voulaient la guerre. »

Suite :

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/0203-Winock-FR-5.pdf



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